Paul Aumonier, Basse de l'Opéra


Il est un fait établi qu'une basse dite profonde (ou basse noble) se doit de posséder avant toutes autres notes, un grave descendant au moins jusqu'au contre ut (en dessous de la portée en clé de fa) avec la rondeur et l'ampleur nécessaire pour être aisément audible dans une salle de spectacle et ce bien sûr malgré l'orchestre et les choeurs.

En effet même si une partition ne comporte pas de telles profondeurs vocales dans l'écriture du compositeur, les traditions d'autrefois exigent que l'artiste interprétant par exemple Marcel (des Huguenots), Bertram (de Robert Le Diable) ou Balthazar (de la Favorite) les fassent littéralement gronder, tout au moins si son appareil vocal le lui permet.

Au risque de décevoir bien des admirateurs "imaginatifs" (puisque les enregistrements n'existent pas) des Belval, Ponsard, Levasseur et autre Boudouresque (les premiers enregistrements datent de 1896/97 et les artistes cités étaient très agés ou décédés), il est permis de douter de la "pédale gravissime" de tels chanteurs, l'émission de ces notes typiques demeurant une exception (la voix de réelle "basse noble" ayant toujours été la plus rare de toutes les catégories vocales).


Paul Aumonier naquit le 7 juillet 1872. Issu d'une famille bourgeoise. Celle-ci n'accepta qu'avec beaucoup de difficultés et à contre-coeur qu'il voulût devenir artiste lyrique. Il entra malgré tout au Conservatoire de Paris, dans la classe de Melchissedec, le grand baryton que l'on sait.

Avant même de signer son premier contrat au Thêatre, la maison Pathé fit appel au jeune Aumonier (qui venait d'obtenir un premier prix de chant) pour immortaliser dans la cire quelques airs d'opéra et mélodies. Cette firme bien connue et qui en était à l'ére des balbutiements, demanda donc à notre basse d'enregistrer son premier cylindre 'Charles VI (de Halévy: Guerre aux Tyrans'. L'étiquette portait sur la boite "chanté par Aumonier, Basse chantante, 2°prix du Conservatoire" (c'est le cylindre n°23). Il avait tout juste 25 ans.

A cette époque n'était pas encore connu les sytèmes de duplication et Paul Aumonier, tout comme ses autres partenaires (Mary Boyer, Gautier, Vallade, etc) étaient obligés de chanter chaque morceau autant de fois que la firme Pathé Frères le lui demandait, ceci pour le même air et souvent plus d'une vingtaine de fois de fois dans la même journée. Il enregistra de cette façon la mélodie la plus célèbre de son répertoire "Le Cor" de Flégier un à un plus de 500 fois! Nous étions en 1898. Paul Aumonier grava par la suite cet air typique de basse profonde tant sur des cylindres que disques à saphir ou à aiguille au moins 12 fois; bien davantage d'après son épouse. C'est donc lui qui détient le record du nombre le plus important d'enregistrements de cet air fameux.

Il est vrai que Paul Aumonier possédait un des plus beaux Fa et Ré graves parmi les basses de son époque. Cependant, car on peut tout avoir, Humbert Tomasis demeurant de nos jours encore une exception d'étendue vocale, l'aigu était limité et parfois un peu "raide". Mais la profondeur, la qualité et la sonorité des notes graves étaient tellement belles...! belles et authentiques, car il n'existaient aucun moyen des traficotages d'aujourd'hui.

NDLR: Faisons ici une parenthèse et comparons le fameux final du 'Cor' de Flégier chanté successivement par Jean Noté, et par Paul Aumonier, tous deux de l'Opéra:
- Le Cor - final - par Aumonier - Disque 897 Pathé

- Le cor - final - par Jean Noté - Disque P2100 Pathé - enregistrement APGA


Après avoir fait résonner sa voix de basse profonde sur la totalité des scènes de province (Monte-Carlo, Lyon, Vichy puis Lausanne, Alger, Bruxelles,...) il eut son port d'attache durant quelques saisons à l'opéra de Nice. C'est dans cette ville que le 21 mars 1907 il chanta Tannhäuser avec l'illustre ténor wagnérien Van Dyck et le baryton Albers. Il signe un contrat d'exclusivité avec la maison d'édition mutualiste Association Phonique des Grands Artistes qui durera jusqu'en 1911.

Puis Rouen l'applaudit ensuite dans le Roi de "Lohengrin" interprété auprès de Marcelle Demougeot.

Le Covent Garden de Londres se rappela longtemps la soirée de gala durant laquelle dans Aïda il chanta Ramfis aux cotés de Caruso! Puis dès 1920 et ce durant plusieurs saisons le Grand Théatre de Bordeaux l'acclama chaleureusement: il était la basse noble attitrée et y chanta auprès de Razavet, Arnal, Lapelletrie, Charat, Yché, Augusta Garcia, etc. Il y repris entre autres le Cid de Massenet en 1924.

Il fut engagé à l'Opéra en 1914. Le contrat fut honoré seulement en 1919 en raison de la Grande Guerre. Il débuta sur notre scène nationale le 18 Août dans le vieillard hébreu (de Samson et Dalila), suivi de Salambo (Giscon), Aïda (Ramfis), Roméo (Frère Laurent), Rigoletto (Sparafucile).

Aumonier, d'une scrupuleuse conscience professionnelle, était aussi un musicien accompli connu pour sa droiture et son honnêteté légendaires; un jour il refusa un contrat en Belgique pour interpréter au Théâtre royal de la Monnaie Phanuel (dans Hérodiade). Il avait tout simplement donné son accord pour prêter son concours gratuit durant une soirée lyrique à une oeuvre charitable.
On s'en doute, il ne fit jamais fortune et décéda dans son modeste appartement montmartrois, rue Colaincourt le 24 mai 1944 dans sa 72e année. Il fut inhumé dans le cimetière Saint-Vincent de Montmartre.

Un article signé Jean-Pierre Carrère

Avec tous nos remerciements, ainsi que pour Samuel et Serge pour le prêt de leurs disques d'Aumonier

 

Aumonier Pathé 1904

tel qu'il apparait dans
le catalogue Pathé 1904


 

En Cardinal

Dans le rôle du Cardinal dans La Juive d'Halévy

 

Au phonographe, il aura enregistré en premier chez Pathé dés 1897, mais aussi chez APGA, Berliner, Columbia, G&T, Odeon. les disques d'Aumonier sont rares et estimés des collectionneurs, à bien juste titre.

Dans la collection Pathé de DLBEAAF:

en cylindre:
23 - Charles VI (Halévy) - Guerre aux tyrans
897 - Le cor (avec cor) (Flégier)
58 - Faust (Gounod) - Vous qui faites l'endormie

en disque 90t/mn:
23 - Guerre aux tyrans
56 - Faust - Ronde du Veau d'or
58 - Faust - Vous qui faites l'endormie
120 - Les Huguenots - Air du Pif Paf

987 - Le cor (avec cor) (Flégier)

896 - La première leçon (Wolf)

P302 - Les Huguenot (Meyerbeer) - Pif-Paf

P302 - Les Huguenots (Meyerbeer) - Choral de Luther

P303 - Roméo et Juliette - Invocation
710 - Mignon - Duo des hirondelles -Duo avec Mary Boyer
1784 - Le Pressoir (Jean Baptiste Faure)
2037 - Pas d'Armes du Roi Jean (Saint Saëns)(abîmé)
3852 - Robert Le Diable - Fragment du duo 'Du rendez-vous' avec A.Vaguet
4558 - Chanson pour Jean - Berceuse d'Emile Chizat (voir aussi la page qui lui est consacrée

Mais aussi chez Odeon :

33480 - La Juive (Halévy) -Cavatine
33740 - Hérodiade (Massenet) - Scène de Phanuel

 

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