Le Café-concert

L'origine du café-concert est ancienne. Elle part simplement de l'idée de quelques cafetiers qui ont pensé que les clients viendraient plus nombreux si un spectacle de chant ou de danse était organisé. Celle-ci remonte certainement beaucoup plus loin que la moitié du XIX siècle comme on pourrait le penser. C'est déjà vers 1770 qu'au boulevard du Temple, au café d'Apollon se donnaient des danseurs chanteurs et acrobates. Cet essai perdura sans prendre l'importance qu'on lui connaît jusque vers 1860, date à laquelle un édit napoléonien interdit les goguettes, jugées trop politisées... De plus, en 1867 (le 31 mars) les salles de Café-Concert obtiennent les mêmes lois que les autres théâtres: les décors et les costumes fantaisie sont autorisés, et là, c'est l'explosion!

La taille des établissements était extrêmement diversifiée allant des mastodontes bien connus tels que l'Eldorado, La Scala, Le grand Concert Parisien, Ba-Ta-Clan, Les Folies Bobino... jusqu'aux établissements modestes tels que celui si bien décrit par la fille de Théophile Pathé (le frère d'Emile et de Charles) que je laisse parler:

Le café s'appelle 'Le Petit Ramponneau', au coin de la rue de Clignancourt et de la rue d'Orsel, à la place du Delta:

'Depuis que presque tous les après midi, la salle de café était remplie par les clients, les quatre billards qui tenaient tout le fond de la salle ne pouvaient plus être occupés par les joueurs que les allées et venues gênaient; il fut décidé d'en supprimer deux et les samedis et dimanches de placer les deux restant cote à cote, de les recouvrir de lourdes planches, et de former ainsi une estrade suffisamment grande pour tenir lieu de scène de Café-concert. Un piano, posé à coté de la scène ainsi improvisée, permettait l'accompagnement des chanteurs. Cette idée de café-concert fut un succès complet. Au début, la plupart des artistes furent des amateurs du quartier, hommes ou femmes à la voix peu cultivée sans doute, mais ayant certainement du talent naturel, ou encore des jeunes artistes débutants venant se faire apprécier sur ces planches en attendant qu'un directeur de théâtre découvrît leur talent. Ce fut ainsi que Rousselière, qui devint plaus tard le célèbre ténor de l'Opéra-Comique, débuta au Petit Ramponneau. Il y chantait des grands airs d'Opéra d'une voix chaude et ample, accompagné par le pianiste, une jolie blonde plantureuse, qui, elle aussi, obtenait un succès personnel bien mérité lorsqu'à la demande générale, elle faisait entendre la chanson à la mode 'Frou-Frou, Frou-Frou, par son jupon la femme, de l'homme trouble l'âme'. Sans doute était-ce l'avis de Rousselière qui ne manquait pas de remonter sur l'estrade d'où, regardant le pianiste d'un certain air, il chantait 'Vous êtes si jolie, mon bel ange blond que mes yeux éperdus partout vous chercheront'.


Ce numéro mettait chaque fois la salle comble en délire La chanson de Paul Delmet,que vous entendrez en cliquant est interprétée par Vaguet, disque Pathé-Frères n°3733.
Polin aussi venait chanter "Alors comme ça elle m'a eu!"

L'Eldorado, construit en 1858 qui sera détruit en 1933

Charlus, dans ses mémoires 'J'ai Chanté' raconte ses débuts en, 1886: 'Je sollicitais une audition au Concert de l'Epoque, boulevard Beaumarchais. Là, le directeur voulut bien accueillir favorablement ma demande. Hélas ce fut un désastre! Je renonce à vous raconter les détails, sachez seulement que j'eus une telle frousse que le ventre m'en faisait encore mal 3 semaines plus tard! Quand je fus remis de ma terrible émotion, je retournai au Concert de l'Epoque, où le directeur, en me voyant arriver partit d'un grand éclat de rire. Il me dit: 'je ne peux m'empêceher de rire en pensant à votre audition, mais vous avez une tête qui me plait, vous m'êtes sympathique. Faites un nouvel essai avec une autre chanson et nous verrons'. Dieu soit loué, la deuxième fois, cela marcha. Je fus applaudi, assez chaleureusement même.


Parallèlement aux Cafés-Concerts s'ouvre dans les quartiers plus populaires et dans les petites villes de garnison de 'Beuglants', où des artistes de moindre renom 'beuglent' les succès à la mode. Ces artistes passent ensuite dans la salle pour ramasser quelques pièces de monnaie... C'est Clémenceau après la Grande Guerre qui interdit que les artistes fassent la manche...

Le genre qui a eu le plus de succès au Café-concert reste la chanson sentimentale, romance ou mélodie, souvent bâtie autour d'une valse lente: Le temps de cerises, quand l'amour meurt que chante Dickson,, le Coeur de ma Mie, Vous êtes si jolie. Bien entendu, et l'exemple de Théodore Pathé nous le témoigne, on y chante aussi des airs d'opéra ou d'opéra-comique. De 1870 à 1900, les plus grands artistes seront connus par les Cafés-Concerts où ils s'adonnaient: citons Théréza, Amiati, Ouvrard, Dranem, A.Renard (qui fit la musique du temps des cerises), Paulus...


A partir de 1897,c'est parmi les artistes de Café-concert que les jeunes industriels du cylindre et du disque puiseront. La vie des artistes moins connus étaient difficile, et ceux-ci ne rechignaient pas de donner leur temps libres salles d'enregistrement. Ils étaient payés au temps passé dans les salles d'enregistrement, et qui ne demandaient pas trop cher. Dés 8 heures du matin, on les trouvaient devant les cornets pour graver quelques cylindres à la fois... Ce qui était un complément de salaire devint par la suite leur gain le plus profitable et on en vu de nombreux abandonner le Café-concert pour se tourner définitivement vers les compagnies d'enregistrement... Citons notamment Charlus et Mercadier qui sont devenus les piliers incontournables pour la firme Pathé Frères.
L'histoire donnera raison à ces transfuges du Café-Concert, puisque de plus en plus protégés par les lois (voir l'article sur les droits d'auteurs), ces artistes deviendront célèbres par leurs enregistrements, alors que le Café-concert verra sa fin après la première guerre mondiale, vers 1920. C'est le cinéma qui va utiliser les salles de Café-concert, et le music-hall qui, par la grande variété des numéros présentés, par la taille des nouvelles salles plus agréables et plus spacieuses, vont l'emporter.

Citons Charlus, qui dans ces mémoires 'J'ai chanté' a écrit: 'Qu'est devenu le café Concert, Pour bien parler, il n'existe plus, tout du moins tel que je l'ai connu... Si l'on devait se dire qu'il est à jamais remplacé par le cinéma et la TSF, comme il faudrait le regretter!'

Les consommations payantes disparaîtront, les gens iront au music-hall pour la qualité du spectacle seulement. C'est une autre histoire qui sera abordée dans un autre éditorial.

A bientôt,

Gérard Frappé

d'aprés 'La chanson française', Editions Que sais-je, Puf, Paris, 1983 par F.Vernillat et J.Charpentreau
plusieurs documents inédits de la famille Pathé
et les mémoires de Charlus 'J'ai chanté'

Retour à la page d'accueil