Canards

Les fameux "Canards Tyroliens" de

Thérèsa

On la surnomme parfois "La Patti de la chansonnette", "la diva du Café-Concert", "l'Alboni de la canaille", cette chanteuse a eu une réputation colossale et a ouvert la voix à l'époque moderne des vedettes, avec des cachets à faire rêver, des théâtres qui se l'arrachent... Théresa reste dans les mémoires avec plusieurs succès, tels que 'Rien n'est sacré pour un sapeur', et surtout 'Les canards Tyroliens'.

 

Elle s'appelle Emma Valadon, née le 27 avril 1837 à La Bazoche-Gouet en Eure-et-Loir. Son père y était tailleur (on lit parfois qu'il était chanteur, la réalité était qu'il était peut-être les deux à la fois). Il 'monta' à Paris, mais y décédera rapidement, et celle qui devait devenir Thérèsa fut placée chez une modiste comme apprentie du côté du Faubourg Montmartre. Malgré la paie très faible (on parle de trente sous par jour). Heureusement pour elle, elle pouvait montrer qu'elle avait de la voix en chantant près de la brasserie qui jouxtait l'atelier. Elle fit des figurations au Théâtre à la Porte Saint-Martin, et débuta dans un café 'Le Moka', rue de la Lune et eu la chance de participer aux débuts de l'Alcazar. Puis l'Eldorado, puis l'Alcazar à nouveau. C'est l'époque (à partir de 1863) où elle noue avec la célébrité. Elle excelle dans le genre tyrolienne qui a l'époque était très à la mode. Darcier, chanteur et compositeur de nombreuses chansons à succès, lui apporte ses créations. Elle devient adulé de son public, et même ses détracteurs contribuent à sa gloire!

En 1869, elle chante Les Canards Tyroliens à la Gaîté, chanson qui devint fétiche et qui mélangeait le genre burlesque et tyrolien. Ce fut une idée de génie qui fit long feu. Les canards tyroliens furent chantés jusqu'aux abords de la Grande Guerre. Les enregistrements sur disques se firent plus rares et le morceaux tomba dans l'oubli...

Elle se marie en 1877 avec un acteur, Raoul Guilloreau (qui joue sous le nom de Donval) qui sera un des directeurs associés de l'Alcazar.

Elle se retire alors qu'elle connaît le plein succès. Elle fera bâtir une maison à Neufchâtel en Saosnois (entre Mamers et Alençon) où elle terminera sa vie à l'aube de la Grande Guerre, en 1913.

Thérèsa fera école, et de nombreuses vedette emprunteront le style Thérèsa Son style est le résultat d'un grand travail et d'un grand savoir-faire. Malheureusement, elle se retira avant d'être enregistrée au phonographe. Certaines de ses chansons furent cependant enregistrées par d'autres comme par Madame Rollini chez Pathé-Frères.

Thérésa, par Gill

Thérèsa, telle que caricaturée par Gill dans le journal 'L'éclipse' du 22 août 1869

Les canards Tyroliens

Cette chanson a été chantée dans une reprise de "La Chatte Blanche", une féérie en 3 actes et 22 tableaux créée initialement en 1852 au Théâtre National (et transformé pour la circonstance en sorte de revue caf-conç'). C'est Thérèsa qui en crée la musique, avec l'aide de L.Fossey (on trouve aussi parfois L.Fessy) qui l'arrangera et les frères Cogniard qui en écrivirent les paroles. Elle a eu un succès immense. Thérèsa avait atteint une grande notoriété et chacun attendait ses nouvelles chansons, et elle est la fusion entre la chanson amusante et légère, et la tyrolienne dont le succès durera jusqu'aux lendemains de la première guerre mondiale avec Bergeret et Charlesky comme principaux interprètes.

Ecoutons le premier couplet chantée par Mme Rollini, sur un disque n° 4764 Pathé-Frères de 1909,

puis ensuite savourons cette (re-)création que nous devons à Pascal Hercé, enregistrée chez Sofreson (Merci à Lionel Risler), qui a su tirer de l'oubli pour notre plus grand plaisir cette chansonnette,

I

Quand les canards vont deux à deux
C'est qu'il ont à causer entr'eux,
Les passants n'y comprennent rien, mais eux, malins, ils s'entendent bien.
Ils s'dis'nt comm' ça des jolis riens
Couin, couin, couin couin,
Couin, couin, couin couin,
Couin

Refrain tyrolienne

Couin, couin, couin, couin,
Quand c'est des canards tyroliens,
Tra ou la ou la ou,
Tra ou la ou la ou,
Tra ou la ou la ou,,
Couin, couin, couin, couin,
Quand c'est des canards Tyroliens
Tra ou la ou la ou,
Tra ou la ou la ou,
Tra ou la ou la ou la la ou,
Tra ou la ou la ou la la ou,
Couin couin couin.

II

Quand les canards s'en vont trois par trois,
Ca donne à penser aux bourgeois;
Y a t-il deux cann's et un canard,
Ou bien deux canards par hasard,
Ils s'did'comm'ça des jolis riens,
Couin, couin couin couin, etc

III

Quand les canards s'en vont en tas,
C'est qu'c'a leur plait... ça n'nous regarde pas,
Ils n's'occupent pas d'not' société,
Laissons donc leur la liberté!
Laissons leur dir' leurs jolis riens,
Couin, couin couin couin, etc

Thérésa

D'après la photographie de Nadar

Source: La musique populaire 28 février 1884

Sources:

La Musique Populaire - N° 124 du 28 février 1884
Paris Qui Chante n°44 et n°88

Gérrad Frappé

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