Le Jiu Jitsu


Le Japon a toujours été apprécié en France par la délicatesse de sa culture au travers de romans comme ceux de Pierre Loti, Madame Chrysanthème, ou les musiques de Puccini comme Mme Butterfly, mais la guerre contre la Russie et sa victoire finale en septembre 1905 a permis de démontrer que le Japon n'était pas seulement connu pour son raffinement, et les arts martiaux comme le Jiu Jitsu en ont profité.

Cet discipline avait déjà été adoptée comme méthode par la préfecture de police française à la fin du 19e siècle. Une grande partie de cette méthode était déjà connue sous le nom de 'lutte libre'.

Vers 1906, le lutteur Ernest Régnier (vers 1870-?), «japonise» son nom en Ré-Nié et ouvre une école de Jiu-jitsu au 55bis, rue de Ponthieu dans le 8e arrondissement de Paris. Afin de lancer cette école, un match est organisé contre le maître d'armes et de boxe français Georges Dubois qui s'était insurgé contre cette mode 'de la race jaune dans une tradition gréco-latine jusque-là respectée', le 20 octobre 1906 à Courbevoie. Ré-Nié l'emporte en 6 secondes seulement par une clé au poignet, devenant du même coup très célèbre.

Aussitôt, des personnalités prestigieuses s'inscrivent à ses cours, notamment le prince Joachim Murat (1885-1938) et l'acteur Mounet-Sully (1841-1916). Le 14 janvier 1906, le « Sport universel illustré » annonce : « Tout est au jiu-jitsu! Les rues, les journaux, les théâtres, les music-halls retentissent de ce mot magique qui sonne comme un clairon de victoire».

Malheureusement pour Re-Nié, il perd un match contre un lutteur russe de 100 kg, et il semble qu'alors le Jiu-Jitsu marque une pause jusqu'à la fin des années 30, date à la quelle la reprise est assurée par un maître japonais, Maître Kawashi.

Néanmoins, devant ce phénomène de mode aussi rapide qu'éphémère, les médias se sont emparés du Jiu Jitsu:
- la chanson: Dranem chante Le vrai Jiu Jitsu, Aristide Bruant en 1906 chante 'Le Jiu Jitsu, composé par A.Moriaz, Marcelle Norcy chante à La Gaité Rochechouard 'Les secrets du Jiu Jitsu',Ecoutez donc:

  • Dranem, enregistré sur un cylindre Edison (Collection Samuel Marc) dont la qualité est surprenante compte tenu du type de support,
  • Aristide Bruant, dans Le 'Jiu Jitsu'

- les livres tels que ' Les secrets du jiu-jitsu' par le professeur Ré-Nié et Guy de Montgailhard, éditions Paclot, 1905, ou celui d'Emile André, '100 coups de Jiu Jitsu', paru en 1863 chez Flamarion, ou encore celui de Charles Pechard, et dont on retrouve encore les publicités, (le livre est épuisé, mais vous pouvez vous inspirer de la chanson de Marcelle Norcy qui figure plus bas),
- on apprend le Jiu Jitsu à l'Ecole Normale de Gymnastique et d'Escrime à Joinville Le Pont,

 

Ecoutons: Les secrets du Jiu Jitsu, Paroles: Gaston Dumestre, Musique: Henri Christiné , sur les motifs de 'La Combinaise'. Pour entendre le morceau d'accompagnement et chanter,

(ce morceau n'a jamais été enregistré à notre connaissance, vous ne pourrez entendre le morceau chanté à l'époque...),

On trouvera aussi un couplet malicieux sur le Jiu Jitsu dans Ah! Les Chinois, une chanson de Dranem

Jiu Jitsu

Une carte postale du début du siècle

 

Carte Postale

Une carte postale amusante semblant l'illustration adéquate de la chanson de Dranem...

 

I
Si tu veux faire la lutte japonais'
Il faut commencer par te mettre à l'ais',
Tout nu,
C'est l'propr' du
Jiu Jitsu.
Tu saisis d'abord le poignet d'l'adversair' et serr'
Son cou,
Un bon coup,
Attends ce n'est pas tout!


II
Tache de saisir entre tes deux orteils
Le poil qui pousse au creux de ses oreill's
Et puis,
Serre-lui
Le ki ki.
D'une dent savant' subtile autant qu'agil',
Chopp's-y l'pied, mords-lui l'tendon d'Achill',
D'l'autr' dent,
En mê' temps,
Bouff' s-y la pomme d'Adam!

III
Un coup épatant, mais il faut de l'adress'
Tâch' de lui prendr' le nez entre tes fess's,
Ou bien,
Trouv' moyen,
D'piquer l'sien,
Au milieu du trou béant de son nombril,
Tandis qu' d'un coup d'pied tu lui fauch's les cils,
Alors
Sans efforts,
Tu tomb'ras les plus forts!

IV
Après cela tu le prends et tu le couch's,
Tu lui introduis les pieds dans la bouch',
Et, pouf!
S'il les bouff,
Ca l'étouff',
Enfin, coupe lui ses dernières ressourc's,
En lui serrant les cordons de la bourse,
Et tu
T'assieds d'ssus,
En criant: Jiu Jitsu!

dans Paris qui chante en 1906

Une publicité de Paris Qui Chante datée de février 1906

Gérard Frappé, avec l'aide de Maud Vivien

Remerciement: Samuel Marc pour sa merveilleuse collection de cylindres dont Le Vrai Jiu Jitsu, et Lionel Risler pour ses reports de cylindres sur CD,

Bibliographie :

Les racines du judo français, Michel Brousse, Bordeaux, 2005,
Le site de Laurent Thomas, et le livre de Michel BROUSSE 'Le JUDO'

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