Les guinguettes


Je vous laisse imaginer une minute que nous sommes en 1900. Paris est une bien grande ville et dimanche, notre seul jour de repos hebdomadaire, va nous permette une évasion à la campagne. Les guingettes sont idéales. Elles ont commencé dès le milieu du 19e siècle, et puis parce que Paris qui s'est agrandi, la ville a reculé ses limites... et les guiguettes se sont éloignées. C'est déjà en 1860 que le baron Haussmann avait ordonné l'annexion des villages qui entourent Paris pour agrandir la capitale.

Nous en profiterons pour déjeuner à la campagne toute proche, boire un peu de vin, faire un tour sur les manèges, en bref s'aérer les poumons et aussi l'esprit de cette grande ville polluée où l'on s'entasse dans des appartements trop petits...
Les canotiers

Nous avons le choix, car les guinguettes fleurissent partout. Elles se développent le long des transports en commun qui vont de plus en plus loin: train, bateau le long de la Seine, etc.
On parle de 3 types de guingettes selon l'endroit où elles se trouvent:

A Robinson (maintenant Le Plessis Robinson), une guinguette fut établie dans un châtaignier de très grande taille en 1848. Des cabanes de bois sont reliées par des escaliers, pour en faire un bar-restaurant au lieu-dit 'La Châtaigneraie'.

En fait dès qu'un endroit propice est accessible par le train ou par le bateau, on trouve une guinguette...De plus, les guinguettes avaient l'avantage de ne pas payer l'octroi, cet impôt qui taxait toute marchandise entrant dans Paris. Le vin léger, appelé souvent 'guinguet' que l'on pouvait y boire y était donc meilleur marché...

Guinguette de Meudon Allons à notre guinguette favorite. Nous profiterons du train et nous irons à Meudon. On aurait pu aussi bien utiliser la navette qui part des quais de Seine de Paris. Le tableau ci-contre montre l'endroit où cette navette fluviale s'arrête (il s'agit de 'La Seine à Meudon', détail d'un tableau d'Alfred Bachmann, visible au Musée de Meudon). Ecoutons Marcelly qui sur une chanson de R.Desmoulins, Coralie, nous propose cette sortie:

Située sur la commune de Clamart, dans la forêt de Meudon, le bal champêtre de la Fontaine Sainte-Marie était très populaire, à où une simple et grande tonnelle faisait office de dancing.

Même dans ces lieux de distractions, il faut paraître et il faut s'habiller! On y passe une journée de divertissements en famille. Parfois aussi, on y cherche l'aventure galante... On y fait aussi des rencontres ainsi que Marcelly nous l'évoque dansLa femme aux bijoux (Musique de Dumont)

, ou bien Polin avec Suzette.

On nous y propose de la friture de poissons, de la matelote d'anguilles, (et plus tard des moules frites....) On y joue aux balançoires, aux jeux de foire, on y danse des valses, des polkas, le quadrille, enfin le musette au son de l'accordéon.

Après la guerre 14-18, les guinguettes s’émanciperont dans les années 20, elles s'éloigneront aussi, aux dépens de celles des barrières. Elles resteront maintenant dans les mémoires, souvent associées à la Marne. Le canotier cède la place aux casquettes, les quadrilles et mazurkas passent le pas aux danses nouvelles, tangos, Java. Écoulons Mad Rainvil dans Sacrée Java! (écrit par M.Labusquière/ Disque Pathé 5234 /1923).

Les spécialistes de la musique des guinguettes se font souvent accompagner à l'accordéon (les frères Péguri et E.Vacher sont restés célèbres).. On trouve aussi chez Pathé Frères Alibert, Jean Cyrano, et Emma Liebel qui se donnent au genre musette.

Gérard Frappé


Documentation:

Le journal municipal n°177 du Plessis-Robinson, "Le Petit Robinson", article de Laurence Wittner,

"Les Guinguettes des bords de Marne et l'imaginaire", de Lauriane Barbier

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