Emile Mercadier, Baryton-Martin

Réunir une documentation sur Emile Mercadier a été un véritable chalenge. Ce chanteur semblait bien oublié, il n'a que très peu de citations sur Internet. On ne trouve qu'une page sur le merveilleux site de Paul Dubé Du temps des Cerises aux Feuilles Mortes. A croire que ce chanteur infatiguable qui participa aux premières années de l'enregistrement chez Pathé Frères (voir la page sur Les droits d'auteurs concernant ce sujet) était tombé dans l'oubli. Voici ce résultat de travail de recherche:

Emile Mercadier est né à Paris le 24 décembre 1859 d'une famille toulousaine. Son père était perruquier au Théâtre du Capitole. Il fait ses études de chant au Conservatoire de Toulouse et il est ensuite engagé volontaire au 124e régiment d'infanterie où il joue du hautbois et de la clarinette. Il débute en tant que chanteur dans un petit concert bordelais, puis aux Folies Bordelaises, au Casino de Lyon et à Narbonne. On le trouve à l'Eldorado en 1882 en se spécialisant dans les romances et les mélodies.

Il donnera des représentations aux Ambassadeurs vers 1885. Entre 1892 et 1897, il est au Bataclan, alors dirigé par Paulus. Paulus et Mercadier devinrent amis à cette époque. Il passera à l'Éden-Concert vers 1892-1893. En 1894, il est au Bijou, et en 1896, il est de l'ouverture de la Nouvelle-Athènes, puis au Libre-Échange entre 1897 et 1902.
Il fonde avec Bergeret qu'il avait rencontré au Petit-Casino une société de commerce de phonographes à cylindre. Cette firme Bergeret-Mercadier fermera vers 1906 à l'arrivée du phonographe à disques.
Il est au Café Montmartre entre 1903 et 1905, au Casino Montparnasse, au Casino Saint-Martin et aux Folies-Parisiennes en 1905 et 1914.

Il se marie avec une chanteuse de café-concert,Clémentine Millet connue sous le nom de Musette.

Sa diction impeccable lui vaudra un très grand succès entre 1890 et 1910.

Rare pour un chanteur de cette époque, il enregistre très tôt un nombre impressionnant de cylindres et de disques jusqu'en 1914, notamment chez Pathé-Frères. avant même que les procédés de duplication des cylindres existèrent (de 1898 à 1902); il faut dire que certains cylindres furent enregistrés par un autre chanteur, employé de chez Pathé-Frères et ayant une voix similaire. Ces cylindres portent en général la mention 'Répertoire Mercadier, ou 'Mercadier', mais pas 'chanté par Mercadier'. Voir au sujet des cylindres l'histoire des Droits-d'auteurs). Il enregistrera aussi quelques disques chez Odeon et chez Opera. La firme Pathé Frères continuera d'éditer quelques disques après 1916, pour la plupart ce ne seront que des reprises d'enregistrements plus anciens.

Ses chansons restèrent longtemps célèbres: La closerie des Genêts ,

Je suis le passeur du printemps, C'était un rêve, Dites-moi si vous avez un coeur ...

Paulus dans ses Mémoires dira de Mercadier: Un casseur de coeurs ! Quand il file la note suraiguë à la fin du couplet sentimental, les femmes palpitent, et leur lorgnette remercie ce joli chanteur que leur donne des émotions si douces. Les hommes l'applaudissent pour son talent ; donc il a tout le public pour lui.

Il ralentira sa carrière en 1913 et prendra sa retraite en 1918 en ne donnant que de rares représentations jusqu'en 1921.

Deux drames ternirent la fin de sa vie: le décès de sa belle-fille lors d'une promenade en barque sur la Seine à Fresneuse (près de Bonnières) avec son fiancé (qui était le fils de Léon Escalaïs), et la paralysie qui frappe sa femme durant les 18 années avant sa mort vers 1926. Il se remarie le 19 janvier 1928 avec Madeleine Borde et aura un fils, Jean Mercadier, pianiste, auteur compositeur, arrangeur, clarinettiste, saxophoniste, un des derniers arrangeurs de Joséphine Baker.

Il fait ses adieux définitifs à Marseille en 1928 à l'Alcazar et au Palais de Cristal. Charlus cite dans ses souvenirs 'J'ai chanté' une anecdote amusante, reportée par Maurice Hamel:

Ayant commencé sa tournée d'adieu par Marseille où il était adoré, il devait chanter ce jour là au (Palais de ) Cristal, en matinée et en soirée. Il chanta en matinée, et, de revoir ses habitués, une émotion le gagnait peu à peu qui l'empêcha d'achever sa chanson dont les dernières notes se brisèrent dans les larmes. Les auditeurs étaient, ma foi, aussi émus que lui. Le soir, il chanta pour la dernière fois, mais il su demeurer maître de lui.

A la fin du spectacle, un brave homme vint à lui et lui dit:"Ah! Monsieur Mercadier, moi qui était venu pour vous voir pleurer... Pourquoi n'avez vous pas pleuré ?"...

Emile Mercadier décède un an plus tard à Paris le 13 mai 1929, âgé de 69 ans. Il repose au cimetière de Pantin en Seine-Saint-Denis là où sont également inhumés les chanteuses Fréhel, Damia ainsi que Georgel.


Robert Desnos dit : La voix de Mercadier est un phénomène de sincérité et de sympathie. Nul cabotinage, nul truquage, nul sacrifice de la diction à la musique. Est-il possible qu'une pareille voix coure le risque de disparaître et soit confiée au fragile écrin des rouleaux ?. (Le Soir, 30 novembre 1928).

Sources: Le Figaro des 15 et 16 mai 1929
Remerciements à Jean-Pierre Mercadier, son petit-fils. ainsi qu'à Paul Dubé.

GF

 

Mercadier  en 1881

Mercadier à 21 ans
Source: carte postale (Collection Pécourt - Howells)


 

 

La Closerie

Le petit format 'La closerie des Genêts' dont le disque est daté de 1907

Voici les nombreux disques disponibles chez DLBEAAF (la date qui suit le titre est la date d'enregistrement):

Chez Pathé Frères, en cylindre:

1717 - Bonsoir Madame la lune (1902)

Chez Pathé Frères, sur des disques d'avant 1916 :

878 - Le bon gîte (1898)
937 - De sa mère on se souvient toujours (1898)
1059 - Partenza (1909)
1065 - Chère adorée - Romance (1909)
1070 - C'est le temps des amours (M.Guitton) (1909)
1488 - Lison si jolie (Soler & Manescau)
1490 - Demain (Bucovich)
1597 - Bonjour Suzon (1898)
1602 - Ni brune, ni blonde (Jules Darien)
1606 - C'était un rêve (1898)
1617 - Je vous ai tant aimé (1905)
1622 - La closerie des genêts (1898)
1696 - Je suis le passeur du printemps (Goublier) (1898)
1724 - Sous la forêt brune (1898)
1726 - Si vous le vouliez (1898)
1727 - Le sixième étage (1898)

1728 - Etoile d'Amour (1902)
4403 - Le coeur de la femme (1907)
4407 - Ce soir là (Maquis) (1907)
4408 - Petite femme qui passe (1907)
4409 - Dites-moi si vous avez un coeur (4409) - voir aussi la page consacrée à cette oeuvre ici
4410 - Comme à 20 ans (1907)
4412 - Aubade à la lune (1907)
4417 - Dors mon Gars (Botrel) (1907)
4428 - Ressemblances (1907)
4433 - Ultime raison (1907)
4435bis - Quand les lilas refleuriront (Dihau) (1910 - réenregistrement avec orchestre)
4437 - Près des cieux (Maquis) (1907)
4439 - La Closerie aux Genêts (1907)

4441 - Brise des nuits
4444 - L'amant philosophe (1908)
4449 - Aprés la rupture (Lemercier)(1908)

4455 - Garde ton coeur Madeleine (Georges) (1908)
4456 - Prenez mon coeur (Darien) (1908)
4457 - J'ai faim d'Amour (1908)
4634 - Avec ton souvenir (1907)
4646 - L'amour quitte son nid (Guitton) (1910)
4647 - Si l'on connaissait la femme (1910)
4649 - Les fiancailles roses (1910)
4742 - Ah! Dis le moi (Guitton) (1910)
4743 - On se laisse prendre (Irénée M) (1910)
4744 - La prière de l'ouvrière (Guitton) (1910)
4849 - Sonnez clochetons (1909)
4851 - Quand je ne t'aimerai plus (Milaudy) (1909)
4854 - Je vous ai tant aimé (Taillefer) (1909)
4855 - Selon la saison (Fattorini) (1909)
4856 - Les larmes de la vie (1909)

Chez Pathé Frères, disques d'après 1916

4762 - Les larmes de la vie (Dequin) - Romance
4762 - Selon la saison (Fattorini)
812 - J'ai faim d'amour
812 - La peur du loup

Chez Odeon:

33329 - Si vous le voulez, Ô mademoiseele
33331 - Je suis le passeur du printemps
60119 - Les adieux de Suzon (Goublier) - Chté par Mercadier
60224 - Sonnez clochetons (G.Goublier)
60226 - Dimanches de parisienne (Fattorial)

Chez Ultima:

256 - Pour Ninette
257 - Trottinette
261 - Quand vous serez vieilles
262 - Viens donc ma Ninon

Chez CGE ASPIR:

10046 - Après la rupture (Lemercier) - Disque ASPIR
10046 - La femme est un jouet (Fattorini) - Disque ASPIR

Chez Zonophone:

X-82532 - Près des cieux (Maquis)
X-82535 - Dites-moi si vous avez un coeur ? (Maquis)

 

Apr├Ęs la rupture

Le petit format 'Après la rupture'
Disque de 1908


avec Rosa Paulus

Mercadier et Rosa Paulus, l'épouse du célèbre chanteur (Collection particulière)


Timbre

Emile Mercadier aura aussi ouvert une maison d'édition
Source: Disque Perfectaphone, vers 1920


Madame La Lune

Une étiquette de cylindre d'un enregistrement de 1902

(Collection privée)

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