Éditorial : Le Monologue au Café Concert

Ah, cette belle époque, où les repas familiaux étaient émaillés de bonnes histoires racontées par l'oncle Prosper ou la tante Gertrude... Ces bonnes histoires donnaient aux 'fins diseurs' des moments de joie partagés... Mais, si le monologue faisaient partie des traditions familiales du début du XXieme siècle, quelle est son origine ?

Le monologue a eu son heure de gloire durant la Belle Époque. Jusqu'en 1870, il n'était utilisé que dans les pièces de théatre, tel que celui du Cid bien connu.,

Vers 1880, le monologue, devenu un genre à part entière, a quitté le théâtre. Certains acteurs se sont fait une spécialité d'aller en réciter dans les salons, y détrônant la chansonnette. D'abord parisienne, cette mode a rapidement gagné la province.

Le café-concert n'étant à l'abri d'aucune mode, il a bien sûr programmé des monologues parmi ses attractions. On les connaissait aussi sous le nom de 'scènes à parlé'.
Les chanteurs comiques comme Ouvrard, Charlus, Polin ou Dranem, pour ne citer que les plus connus, ont donc introduit de nombreux monologues dans leur répertoire. Comme pour la chanson, il fallait se renouveler chaque semaine et la prolixité des auteurs de l'époque était impressionnante. Ces auteurs étaient d'ailleurs ceux-là même qui fournissaient les cafés-concerts en chansons ou en revues. Si la plupart des monologues ne duraient que deux ou trois minutes, certains textes étaient de véritables petites saynètes et occupaient jusqu'à une dizaine de pages.

On allait au caf' conc' pour se divertir, le monologue y était donc avant tout comique. Les thèmes étaient finalement peu nombreux. On faisait souvent rire avec la naïveté du personnage: mésaventures du provincial monté à Paris, facéties de pochard, ou encore déboires du soldat, qui feront la gloire de Polin. Le genre grivois était bien sûr présent. En général bien innocente, il arrivait pourtant que la grivoiserie devienne franchement osée.
Il y avait aussi des textes totalement dénués de sens, qui, sous forme de récitation, ou encore de fausse conférence, ne servaient que de support à une suite de jeux de mots (c'était la grande époque des Quel est le comble de, et autres Morales pour rire), comme savait si bien le faire Dranem.

Un grand nombre de ces monologues n'ont eu qu'une vie éphémère et n'ont jamais été ni édités ni enregistrés. Mais on en trouve parmi les petits formats, et des recueils spécialisés ont été publiés. Et bien sûr, on peut écouter ceux qui eurent suffisamment de succès pour être enregistrés. Cela permet au moins d'avoir une idée de ce dont on riait volontiers à l'époque (avec quelques surprises sur la nature de ce qui fait rire).Polin monologues

À cette époque, on chantait aussi beaucoup en famille. Rappelons que la radio n'existait pas, c'était donc le moyen le plus naturel de diffuser le patrimoine musical. Le monologue a donc tout naturellement trouvé sa place dans le cercle familial, aux côtés de la chansonnette.
Écrits sur mesures, on en trouvait pour chacun et pour chaque occasion. Tout y passait. On reprenait bien sûr les succès du café conc, ou des textes de la même veine, avec des monologues comiques 'genre Reschal' ou 'genre Dranem', militaires genre Albens ou Polin, etc. Mais il y avait aussi des monologues écrits spécialement pour les noces ou les baptêmes, des compliments à faire dire par ses enfants, des farces pour les jeunes gens, des romances pour les jeunes filles, des grivoiseries pour égayer la fin des repas. On en trouvait même en vers, ou en patois.

Au phonographe, le monologue ne pouvait pas passer inaperçu. Tous les éditeurs de disques et de 'petits formats en ont édités, et le genre s'est bien vendu. Dans la bibliothèque de De la Belle Epoque Aux Années Folles, on peut trouver Polin, Dranem, Fernand Frey, Charlus, etc. La grivoiserie dépasse parfois l'entendement, même si la Censure veillait... Quelquefois, le monologue est accompagné d'une ponctuation musicale (Les trucs de Boitaclou), parfois, il s'agit plutôt d'un duo (Les gaietés du téléphone):

Dranem 1896 - Le candidat muet - Monologue - Par Charlus
231249 - Pourquoi célèbre - Monologue dit par Dranem - Gramophone

231250 - Les conseils de Baluche - Monologue dit par Dranem - Gramophone
2507 - Ah! Les assassins - Monologue dit par Charlus v
2523 - La cachette de Rébécca - Monologue dit par Charlus
2551 - La femme et la pipe - Monologue dit par Charlus
2882 - Les Pilules de Groscollard - Monologue dit par Charlus
2981 - Les trucs de Boitaclou - Chté par Dranem

3117 - Les gaietés du téléphone - par Fernand Frey

3132 - Dans la rue - Cris parisiens par Fernand Frey
3168 - Le permis de pèche - chté par Fernand Frey
3774 - Le p'tit marmot - Monologue dit par Polin
3822 - Quand j'suis d'sortie - Monologue dit par Polin
4087 - Si D'Annunzio avait voulu (L.Boyer) - Monologue récité par L.Boyer
4573 - Le sabre du colonel (Gueteville) - Monologue par Charlus

4573 - Rigolard et Pleunirchard (Del-Garnier) Monologue par Charlus
4711 - Lettre incohérente (Gramet) - Monologue par Polin
4856 - Le poète des salons (Piccolini) - Monologue par Charlus
4856 - Les six fiancés à l'épreuve (Colonge et Pion) - Monologue par Charlus
4892 - Poil au Quoi - Monologue comique Charlus et Mlle Lyverne
5199 - Ah, le chameau - Monologue militaire récité par Polin
5199 - Vous avez saisi ! Monologue militaire récité par Polin
33758 - Lettre en panne (Gramet) Monologue Polin de la Scala, Disque Odeon
33762 - La lecture du rapport (Lafargue) - Monologue Polin de la Scala, Disque Odeon
36429 - La commission mal faite (Rimbault) - Monologue militaire - Polin de la Scala, Disque Odeon
P3503 - Sacrée Corvée - Monologue chanté par Polin, Pathé Frères APGA
P3505 - La lecture du Rapport - Monologue - Polin Pathé Frères APGA

Un article signé Jean-François Chariot

Retour à la page d'accueil