Histoire de Pathé Frères :
De décembre 1897 à Septembre 1900:

La Compagnie Générale de Cinématographes, Phonographes et Pellicules

Présentant l'essor de l'enregistrement et de la vente en masse de 'phonogrammes enregistrés', les frères Pathé doivent se tourner vers des investisseurs pour construire des moyens de production sérieux. Ils trouvent un industriel lyonnais, du nom de M.Claude Grivolas, avec lequel ils fondèrent en décembre 1897 une nouvelle société, la Compagnie Générale de Cinématographes, Phonographes et Pellicules au capital d'un million de francs.

Claude Grivolas était membre de la Société Française de Photographie (SFP), dès 1890, et une usine pouvait être entreprise à Châtou, proche de la propriété et de l'usine Grivolas. C'est donc lui qui décida de l'installation de la branche phonographique à Chatou.
Le conseil d'administration était composé de :

  • Jean Neyret, président (il sera remplacé à la présidence par Francisque Gabet en 1900),
  • M.Claude Grivolas, administrateur délégué. Il sera remplacé par M.Ivatts en 1900, et deviendra Ingénieur Conseil. Finalement il va démissionner de son poste en 1906, mais restera très présent dans les conseils d'administration.
  • Léon Devilaine

Charles et Emile sont directeurs techniques et commerciaux. Ils sont payés 5.000 Frs/an et toucheront 5% des bénéfices.

On peut ici d'étonner de voir que ni Emile, ni Charles ne participaient au conseil d'administration des cette nouvelle société dont la production continuait de porter leur nom. Il faut bien comprendre que le nom 'Pathé' commençait après 2 ans de production à être lié aux cylindres acoustiques de production française, et qu'il aurait été dommage de recommencer la production sous une nouvelle marque et devoir reconquérir leur public, alors que la concurrence, notamment avec Edison, était rude. Les investisseurs ont en outre acheté le savoir-faire de Charles et d'Emile, ils ont aussi acheté le nom et la clientèle. La nouvelle société mentionnait sur les courriers commerciaux 'Compagnie Générale de Cinématographes, Phonographes et Pellicules, Anciens Établissements Pathé Frères'.

Quand à la raison de cette association Grivolas/Pathé, il est clair que la volonté des deux frères était d'investir massivement dans les moyens de production. C'est là le génie des deux frères Pathé, et celui de Claude Grivolas qui pressentaient qu'ils étaient à la naissance d'une véritable industrie qui ne réussirait que si les prix baissaient afin de toucher un très large public.

La société avait donc la structure et les moyens de procéder à des investissements industriels, dont le but a été de répondre à la demande de phonogrammes qui était beaucoup plus importante que la production, et aussi de maintenir les concurrents dehors de France.

L'idée du catalogue est reprise et c'est cette fois un catalogue élargi de morceaux musicaux proposés à la vente qui voit le jour. Il compte 8.900 numéros, répartis entre la musique vocale (102 pages), et des morceaux pour orchestre ou pour instrument seul (38 pages). Au niveau de la branche cinématographique, l'incendie dramatique du Bazar de la Charité à Paris en mai 1897 qui a causé 129 morts choque toute l'Europe. On accuse l'appareil de projection mis en démonstration, (il faut dire que les pellicules de cette époque étaient hautement inflammables, ainsi que les lampes à l'éther), et un ralentissement très net de l'industrie cinématographique se fait sentir… C'est le phonographe qui tire la société grâce à ses ventes qui ne font que progresser.

En 1898, continuant l'idée de fabriquer tous les phonographes et tous les cylindres en France, Emile commence à fondre ses premiers cylindres prototypes, avec les moyens les plus rudimentaires: dans une ancienne cuisine et dans des casseroles ! Ces cylindres étaient vierges et servaient ensuite à la reproduction des cylindres enregistrés par les artistes. C'était grâce à cette fabrication locale que le prix des cylindres qui étaient importés auparavant à commencé à descendre.

Les appareils de l'époque étaient des modéles complétement similaires à ceux provenant des Etats-Unis, notamment Columbia. Ces premiers appareils faits en France ne lisent que les cylindres 'Standard'.

Charles, lui , se consacre à la fabrication d'un projecteur à griffes qui donnera naissance au "Pathé renforcé" comportant la fameuse croix de Malte (cet appareil fut pendant un temps le plus répandu dans le monde).

En 1899, l'obstacle principal qui empêchait la copie des cylindres enregistrés directement et acoustiquement par l'artiste commence à tomber grâce à l'utilisation d'un appareil basé sur le principe du pantographe. Voyez aussi l'article sur les Droits d'auteurs qui expliquent le statuts des chanteurs à cette époque.

Magasin Bd des Italiens

Le magasin ouvert au 26 boulevard des Italiens
Photo de 1899


Catlogue 1898

Catalogue de 1898
(Collection Steger)

 

Emile Pathé fera appel à un certain M Cazarès qui détenait les droits d'invention de cet appareil. C'est en 1899 que la société acheta à cette personne un procédé de reproduction de cylindre sur une base de 'pantographe'. Le conseil d'administration du 7 septembre mentionne :
Les propositions contiennent engagement par Monsieur Casarès à céder à notre société sa machine et ses procédés de reproduction, et de venir s'installer lui-même dans nos usines à l'effet d'y diriger pendant deux ans le personnel appelé à la reproduction. De son côté notre société promet à Monsieur Casarès une redevance de cinq centimes par rouleau reproduit et reconnu bon, et un minimum de 2.000.000 de rouleaux à reproduire soit pour 100.000 Fr de redevance. La société, pour garantir à Monsieur Casarès l'exécution de ses engagements déposera au Crédit lyonnais la somme de cinquante mille francs, lesquels seront la propriété de monsieur Casarès aussitôt que 1.000.000 de cylindres seront reproduits; et seront payés à sa veuve dans le cas où avant le terme du contrat Monsieur Casarès viendrait à mourir. Le Conseil est d'avis de réaliser ce contrat à la condition de pouvoir faire opposition au paiement de la dite somme de 50.000 francs dans le cas où Monsieur Casarès ne tiendrait pas ses engagements et donne à Monsieur Grivolas tous les pouvoirs nécessaires à l'effet de rédiger et signer les conditions et engagements nécessaires à sa réalisation."

En janvier 1900, le financement d'une centaine de machines de ce Casarès est voté au Conseil d'administration et les premières fabrications eurent lieu dans un bâtiment capable d'assurer la production des cylindres. On parle alors d'une moyenne de 4 à 6 000 cylindres par jour. Ce batiment est à l'écart de la nouvelle usine et il est tenu dans le plus grand secret...

Avec le temps une partie de ce secret tombe et on commence à comprendre comment ce pantographe à servi à recopier les cylindres Paradis de 20 cm de diamètre sur les cylindres commerciaux de diamètres inférieurs. PhonoGazette du 1er septembre 1905 édite:

Pour avoir plus de netteté, l'enregistrement primitif se fait sur un cylindre vierge de très gros calibre, dont la fabrication a été d'autant plus délicate et soignée. Une machine, qu'on tient cachée aux yeux des visiteurs permet de reporter le tracé du grand cylindre sur le petit qui ira à la galvanoplastie. "Analogue à la réduction d'une épreuve photographique, cette opération se fait au moyen d'un dispositif reliant deux mandrins de différents calibres tournant symétriquement à la même vitesse. // Chose curieuse, ce transfert s'accomplit en silence, et la courbe des sons se projette sans bruit d'un cylindre à l'autre. Cette discrétion s'explique par ce fait que la vitesse de rotation tant huit fois plus faible que dans la reproduction courante, les vibrations ressuscitées sont au-dessous de la limite de la perception auditive.

1900 est aussi la date de l'Exposition Universelle de Paris. Déjà celle de 1889 avait permis à Edison de conquérir le sol français et d'avoir un stand très visité, les frères Pathé ne pouvaient pas laisser cette occasion pour se faire connaître au grand public et affronter leur concurrent. Pathé perfectionne ces phonographes et leur donne des noms tels que Le Gaulois (avec un corps en fonte), Le Coquet, Le français, le Duplex (qui peut lire les cylindres Inter), le Céleste. (qui ne joue que les gros cylindres 'Stentor' et 'Céleste').

C'est à un employé encore inconnu de la branche phonographique qu'est confié toute l'organisation, Ferdinand Zecca. Le succès de l'opération remplit toutes les attentes d'Emile et de Charles.
Le Grand Prix de l'exposition leur sera accordé grâce au Gaulois! Finalement Charles proposera à Ferdinand Zecca un contrat pour travailler dans la branche cinématographique. Il deviendra rapidement directeur de l'usine de Vincennes, et s'investira complètement en tant qu'acteur, réalisateur et directeur d'usine.

Poisson

Le poisson tel qu'il a servi pour dupliquer des phonogrammes d'un cylindre vers un disque (après 1905).
Collection Charles Cros - BNF


 

Poisson - Dessin

Vue d'artiste du poisson en service (créé par l'auteur) et qui tranfère un cylindre Pardis sur un disque (machine mise au point en 1905 et qui autorisa la production de disques à saphir). Cette machine était initialement équipée pour le transfert de cylindre à cylindre.

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