La Compagnie Générale des Phonographes, Cinématographes et Appareils de Précision

De septembre 1900 à 1905 : La grande époque du cylindre


Le changement de statuts et de nom

Une augmentation de capital est votée. Il passe à 2.000.000 francs. Rapidement, le 10 septembre 1900 la Manufacture des Appareils de Précision rentrait dans la capital de la Société qui augmentait à 2.666.600 francs et devenait la "Compagnie Générale de Phonographes, Cinématographes et Appareils de Précision (Etablissements Pathé Frères)".

En juin 1902, déjà 36 machines Casarès rentraient en production. C'est aussi l'époque où l'usine de phonographe va sortir le système dit 'Vérité', un astucieux système qui permettait de placer plusieurs tailles de cylindres sur la même machine .

En 1899 et 1900: l'usine de Chatou
Cette usine a bien sûr été construite pour la fabrication des cylindres. A ses tous débuts, durant sa phase de construction, elle était déjà annoncée au catalogue de 1898 comme étant 'la plus importante fabrication d'Europe'. Elle était située, selon la description de l'époque, à l'extrémité de Chatou, près de la grande route qui mène au Vésinet et au Pecq. Elle occupait déjà une surface de 16 000 m2, et comprenait 15 bâtiments, chaque bâtiment étant affecté à une étape précise de la fabrication des cylindres :
· Production d'électricité, (2 génératrices, pour une production de 600 chevaux),
· Moulage des cylindres (à partir de 1902/1903),
· Salle d' "écoutage",
· Salle de triage, ou les cylindres recevaient leur numéro et leur étiquette,
· La comptabilité. Il faut noter que chaque batterie de fabrication (chaque chaudière de moulage, avec ses ouvriers) a un comptable séparé, établissant la logistique et les plans de production associés séparément.
· Bâtiment de préparation de la cire
· Salle de cartonnage. L'usine fabrique tous les cartons qu'elle consomme. Les feuilles spéciales, garnies d'ouate sur une face y sont façonnées et piquées mécaniquement. L'usine 'consomme' 150 000 francs de carton annuellement !
· La menuiserie, destinée à l'emballage.
· La fonderie pour les cylindres vierges en stéarine. Il se fabriquait 3 000 cylindres vierges par jour en 1905.
· Le bâtiment magasin, appelé aussi 'réserve' pouvant contenir jusqu'à un million de cylindres.
· La cantine, où le personnel peut profiter de repas préparés, ou réchauffer ses aliments.

Cette usine a connu de nombreux remaniements, notamment lors de l'introduction des améliorations apportées aux procédés de fabrication. De nouveaux bâtiments ont été construits au fur et à mesure des besoins.

Pour obtenir de meilleurs prix sur la production des appareils, notamment ceux de bas de gamme, Ivatts fait une nouvelle étude de marché et c'est les Etablissements Japy à Beaucourt (90) qui remporte le marché. On parle au total de 60.000 machines par an ! Seul l'assemblage final et le montage des diaphragmes étaient réalisés dans l'usine de Chatou.

Le nombre d'ouvriers était (vers 1905) entre 2 000 et 3 000 personnes.

Usine de Chatou

Vue de l'usine de Chatou (celle d'avant 1930)


Atelier de démoulage

Vue de l'atelier de démoulage des cylindres

En 1902, introduction du moulage des cylindres

Si le pantographe a permis de baisser les prix de vente des cylindres en autorisant une reproduction mécanique d'un cylindre enregistré, la demande était très forte et il fallait encore penser à une nouvelle étape de fabrication, encore plus industrielle. En parallèle, les chanteurs de renom n'acceptaient pas de chanter toute la journée pour un faible revenu devant un cornet afin de graver des cylindres en temps réel. Voyez à ce sujet l'article sur les Droits d'auteurs.

C'est le moulage des cylindres enregistrés qui a autorisé cette baisse de prix, tout en permettant une augmentation considérable de la production. Pour réaliser ce moulage, la réponse fut donnée par l'électrochimie, plus précisément la galvanoplastie.

Le conseil d'administration du 03/10/1902 mentionne au sujet de la production des cylindres moulés :
"Ivatts tient le conseil au courant de la marche de la nouvelle installation à Chatou pour augmenter la production des cylindres moulés. Cette installation établie pour fabriquer de 10000 à 12000 cylindres journellement, sera prête dans environ quinze jours . Pour pouvoir faire face à cette production, il a dû prendre les mesures nécessaires pour assurer une production de boîtes à l'atelier de cartonnage, et à cet effet, il a commandé à la maison Palmié, le supplément de machines nécessaires. Le nouveau moteur Otto est en marche et donne entière satisfaction, évitant les arrêts qui se produisaient continuellement dans l'usine par manque de force."

"Le laps de temps nécessaire à l'établissement des petits galvanos, anglais, français et russes étant considérable, il serait impossible de s'occuper des galvanos Stentors en temps utile pour la campagne d'hiver. M. Ivatt, en vue de la vente certaine et avantageuse des cylindres Stentors moulés, a cru devoir procéder à l'installation de deux nouvelles cuves pour la galvanoplastie exclusive de cylindres Stentor et d'intermédiaires (ces derniers pour Girard et Cie). Il espère que cette installation sera prête à fonctionner avant un mois."

Pathé signe donc un contrat de distribution avec la société Girard et Cie, qui deviendra Girard et Boite en 1899. Si les publicités lancées par Pathé directement diminuent, il n'en est pas pareil pour Girard et Cie dont on retrouve des promotions dans tous les journaux.

Les noms de appareils changent également. Ils deviennent Le Menestrel (ex-Gaulois), le Vérité (ex-Coquet), le Zénith (ex-Duplex), et le Chante-Clair (ex-Graphophone Coq). Les ventes augmenteront fortement grâce aux formules alléchantes qui paraîssent: vente à crédit, vente en un seul lot de machine et de 50 ou 100 cylindres... Voyez par exemple la publicité de 1904 ci-contre.

Dés 1903, les cylindres moulés sortent de l'usine de Chatou. Il s'engage une course de vitesse entre les moyens de production et le nombre de commandes qui affluent ! Des machines de productions supplémentaires sont installées rapidement.

Sur un aspect plus commercial, c'est à cette époque que Pathé va s'établir en dehors de France sous l'impulsion de M Soury: citons les bureau de ventes en Belgique, Berlin Vienne, Moscou, Shangaï. Cette implantation sera rendue plus facile du fait que les brevets Edison tombèrent dans le domaine public.

1904: les appareils changent à nouveau et s'appellent désormais par des numéros: Les prix commencent bas avec le modèle n°0 à 22,50 Fr, suivi par le modèle n°1 à 58 FR, le n°2 à 75 Fr, le n°3 à 130 Fr et enfin le n°4 à 175 Fr. Ils portent la mention 'Je chante Haut et Clair'.

En 1905, il se fabriquait en moyenne 80 tubes en cuivre par jour (chiffre annoncé par les guides qui faisaient faire la visite de l'usine aux journalistes). Sachant que chaque tube ne s'usait pour ainsi dire pas, et qu'il pouvait générer jusqu'à 5 000 à 10 000 cylindres, la production journalière est annoncé à 60 000 par jour !

Le catalogue de 1905 fait déjà 156 pages, et contient plus de 4.000 titres, tous disponibles en cylindres sous 2 ou trois formats: Ordinaire, Inter, et Stentor. Plus rarement, aussi Pathé vendra des cylindres Célestes, d'une durée de 5 mn, que l'on pouvait jouer seulement qu'avec l'appareil n°5, 'Céleste'


Atelier de rabotage

Voici une photo de l'atelier de rabotage. Cette opération indispensable avait pour objectif l'élimination des bourrelets dus aux excès de cire lors du moulage.


Cylindre

Un exemple de phonographe à cylindre: le Pathé n°1, de 1905
(Collection de l'auteur)


Publicité Vérité

Publicité pour le système Vérité et la vente du phonographe à cylindre n°2 avec un lot de 50 cylindres par Girard


Catalogue 1905

Catologue des cylindres de 1905
(collection de l'auteur)

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